Cicéron, Les Philippiques, Ier siècle av. J.-C. - Extrait

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Les Philippiques de Cicéron constituent une série de discours prononcés contre Marc Antoine au Sénat de Rome, entre 44 et 43 av. J.-C. Ces discours interviennent dans un contexte marqué par l'assassinat de Jules César, perpétré par Brutus, son fils adoptif, et d'autres conjurés, dans le but de mettre fin à ce qu'ils percevaient comme une tyrannie. Marc Antoine, ancien général et proche de César, exploite habilement les émotions du public lors des funérailles de César. En exhibant la robe ensanglantée du dictateur, il enflamme la foule contre les conjurés, notamment Brutus et Cassius, les contraignant à fuir Rome. Antoine cherche alors à consolider son pouvoir, levant une armée sous prétexte de punir les assassins de César, ce qui provoque de vives tensions à Rome. Dans ce contexte tendu, Cicéron, de retour d'exil, prononce les Philippiques pour dénoncer les agissements de Marc Antoine, désigné simplement sous le nom d'Antoine dans le texte, et défendre les valeurs de la République. Il exhorte les sénateurs à ne pas négocier avec Antoine, mais à s'opposer à lui. L'extrait présenté ici est tiré de la huitième philippique.

IV. Mais ici, Q. Fufius, citoyen courageux et ferme, mon ami, me rappelle les avantages de la paix, comme si je ne pouvais pas faire l’éloge de la paix, s’il en était besoin. Ne l’ai-je donc défendue qu’une seule fois ? n’ai-je pas toujours été partisan du repos, ce bien si avantageux à tous les bons citoyens, et qui me l’est plus qu’à personne ? car sans le barreau, sans les lois, sans les tribunaux, comment aurais-je pu suivre ma carrière ? Tout cela peut-il exister, quand il n’y a plus de paix entre les citoyens ? Je vous le demande, Calénus, confondez-vous l’esclavage avec la paix ? Nos ancêtres prenaient les armes, non-seulement pour être libres, mais pour commander ; vous voulez, vous, qu’on mette bas les armes pour servir. Quel motif plus légitime pour faire la guerre, que de repousser la servitude ? Si doux que soit un maître, il peut être cruel s’il le veut ; et c’est le comble du malheur. Je dis plus : il est des circonstances où la guerre est légitime ; ici elle est nécessaire. Vous croyez-vous, par hasard, à l’abri de nos maux ? Vous espérez peut-être partager la domination d’Antoine ? Vous vous trompez doublement : d'abord en préférant votre intérêt à l’intérêt général, ensuite en imaginant qu’il y ait quelque chose d’heureux et de certain sous un maître. Eussiez-vous profité une fois de la tyrannie ; vous n’en profiterez pas toujours1

Cicéron, Philippiques, huitième philippique, trad. D. Nisard, 1848.

 

1. Ici l’auteur admet que certains ont pu tirer un bénéfice de la tyrannie, mais il affirme que cela ne durera pas.

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